Ces jeux piratés qui changent leur gameplay

Ces jeux piratés qui changent leur gameplay

Ces jeux piratés qui changent leur gameplay

La “guerre” entre développeurs / éditeurs et pirates a commencé dès la sortie des premiers jeux vidéo. Certains joueurs n’ayant pas les moyens financiers (ou l’envie d’acheter) se procurent des copies illégales de leur jeu favori à moindre coût pour pouvoir y jouer. Ainsi, les développeurs et éditeurs ont dû mettre au point des techniques pour que ces copies soient jouables, mais de façon limitée pour “punir” les joueurs.

Etude de cas : Lucasfilm Games

Les jeux de Lucasfilm Games m’ont beaucoup marquée, bien que ce ne soient pas des jeux de ma génération, j’ai eu l’occasion d’y jouer et de les apprécier. C’est notamment avec ces jeux que j’ai commencé à m’intéresser aux jeux vidéo et à remarquer les différents moyens mis en place pour lutter contre le piratage de jeux vidéo.

Zak McKracken and the Alien Mindbenders est le premier jeu auquel j’ai joué sur une Amiga. Bien que je n’ai jamais réussi à le terminer, ce point and click développé par Lucasfilm Games avait une façon sympathique de punir les joueurs pirates. A un certain endroit du jeu, il fallait rentrer un code pour pouvoir continuer le jeu, au bout de 5 essais sans succès, le personnage (Zak) se retrouve enfermé derrière les barreaux avec un garde expliquant que pirater c’est mal. Ce code n’était trouvable que dans le manuel fourni avec le jeu. Il ne fallait donc pas le perdre !

Extrait du jeu Zak McKracken and the Alien Mindbenders

Parlons maintenant de Maniac Mansion. Dans ce point and click, un système numérique antinucléaire protège la maison. Tout comme dans Zak MacKraken and the Alien Mindbenders, vous devez entrer un code à partir d’un certain point de l’aventure. Si vous faites plus de 3 erreurs, une explosion nucléaire a lieu et c’est le game over ! Tout comme dans le jeu précédent, ce code se trouvait dans le manuel fourni avec le CD et était presque impossible à photocopier convenablement.

https://www.youtube.com/watch?v=tA2pJeuz7IQ

The Secret of Monkey Island, un autre point and click de Lucasfilm Games avait lui aussi une protection contre les joueurs pirates. Le jeu était fourni avec un disque “Dial a pirate”.

Disque fourni dans le jeu The Secret of Monkey Island

A un moment donné dans le jeu, la date de pendaison d’un pirate était demandé, le joueur devait alors reconstituer la tête du pirate avec le disque pour trouver la bonne date. De même, les jeux Indiana Jones and The Last Crusade : The Graphic Adventure (1989) et Indiana Jones and the Fate of Atlantis (1992) avaient eux aussi besoin d’un système de disque puisqu’au démarrage du jeu, il fallait rentrer un code aléatoire à trouver avec les disques fournis dans le livret de jeu. Avec, bien entendu, l’impossibilité de réaliser des photocopies.

Livret du jeu Indiana Jones and The Last Crusade : The Graphic Adventure 

Changer le gameplay et la difficulté

Certains développeurs, éditeurs et game designers ont été quelque peu plus vicieux. Les joueurs avaient la possibilité de jouer au jeu piraté, toutefois la difficulté et le gameplay ont été changés. 

Prenons l’exemple du jeu EarthBound (1994) : dans la copie illégale, au démarrage du jeu, le joueur avait un avertissement à propos des lois en vigueur concernant le piratage. Rien de bien grave puisque le joueur pouvait le passer. C’est à ce moment que le cauchemar commence, les ennemis sont bien trop nombreux, la difficulté est extrême, et arrivé au boss final, le jeu se figera et obligera le joueur à redémarrer sa console. Celui-ci découvre avec stupeur que sa sauvegarde a été tout bonnement effacée. 

Dans un jeu un peu plus récent, comme Crysis Warhead (2008), les munitions de l’ensemble de vos armes et de celles de vos ennemis (si vous aviez une copie illégale) étaient en fait des poulets ! Dans la copie illégale de Batman : Arkham Asylum (2009), la cape de notre super-héros est tout simplement inutilisable. Le jeu augmente donc en difficulté, puisque la cape est un élément du gameplay indispensable.

Batman sauvant Gotham en prenant le bus parce que sa cape ne fonctionne pas.

Rendre le jeu tout simplement injouable

Attardons nous maintenant sur d’autres jeux comme la magnifique série des jeux Dragon Quest. Et plus particulièrement Dragon Quest 5 : La fiancée céleste. Dans ce jeu, vous commencez l’aventure dans un bateau, toutefois si vous possédez une copie illégale ou une sauvegarde corrompue (notamment avec une Action Replay) ce bateau n’arrivera jamais à bon port et vous ne pouvez que regarder votre bateau naviguer. 

Un autre jeu qui a un mécanisme similaire est le jeu The Legend of Zelda : Spirit Tracks. Dans ce jeu, vous possédez un train qu’il vous faudra manier pour aller d’un point A à un point B. Toutefois dans la version pirate du jeu, il vous est impossible de contrôler ce train et à la manière du bateau précédemment évoqué vous ne pouvez qu’observer votre train rouler indéfiniment.

Ces éditeurs qui font marche arrière

CD Projekt avait fait des modifications de plusieurs cinématiques dans les copies illégales du jeu The Witcher 2. Notamment certaines cinématiques de sexe où le protagoniste féminin devenait une personne âgée. Mais ce n’est pas tout ! Puisque le gameplay changeait aussi notamment au niveau des combats et des ennemis. Notre ami Geralt pouvait se faire pendre sur la place publique, ou bien devait affronter des hordes de poulets (encore eux) au lieu de golems. Mais il pouvait aussi se retrouver bloqué dans une arène face à des ennemis invincibles.

Extrait d’une des cinématiques de la version piratée du jeu The Witcher 2

Toutefois ces derniers ont fait marche arrière concernant ces modifications pour renforcer davantage les versions physiques et numériques du jeu “officiel” en y ajoutant du contenu additionnel gratuit pour inciter les gens à acheter le jeu en toute légalité. Et cela fonctionne puisque la série des jeux The Witcher est l’une des plus rentables existantes. D’autant plus que même piraté, le jeu suivant : The Witcher 3  a dépassé le million de précommandes !

Ces éditeurs qui ont tourné le piratage à leur avantage

Certains ont compris que leur jeu sera disponible en libre accès et qu’il ne s’agit que d’une question de temps. C’est pourquoi ils ont décidés de tourner le piratage à leur avantage en sortant leur jeu en avance sur des sites de torrent ou autres. 

C’est notamment le cas du studio polonais Acid Wizard qui a décidé de mettre gratuitement en ligne leur jeu Darkwood (2014). La décision a été prise pour permettre aux joueurs n’ayant pas les moyens de s’offrir le jeu de pouvoir y jouer. Cependant, le studio a également exprimé sa frustration face à des joueurs se faisant passer pour des membres de la presse afin d'obtenir des clés de jeu gratuites pour ensuite les revendre sur des sites de ventes de clés steam.

On peut aussi citer Jacob Janerka, ce développeur indépendant qui a eu la surprise de trouver une version pirate de son jeu, Paragdim (2017), sur le site The Pirate Bay. Sa réponse a été de fournir des clés gratuites et authentiques de son jeu en commentaire du torrent en disant aux joueurs : "Si vous aimez le jeu, dites-le à vos amis et peut-être même envisagez de l'acheter plus tard ". En parlant à TorrentFreak, Jacob comprenait parfaitement les raisons derrière les jeux piratés : "Je sais que quand j'étais jeune, je ne pouvais pas acheter tous les jeux que je voulais et je jouais à des jeux piratés. Et quand j'ai eu ce revenu disponible, j'ai fini par acheter des suites, de la marchandise et des copies supplémentaires."

On peut aussi évoquer le jeu Anodyne, un jeu d'aventure "Zelda-lite" de Sean Han Tani et Joni Kittaka qui était disponible à l'achat depuis 10 jours lorsque le duo a décidé d'en faire la promotion sur The Pirate Bay. Dans un post Reddit, les développeurs ont expliqué que : "Le piratage est inévitable, il est donc préférable de l'adopter - en plus, il aide beaucoup de gens qui ne pourraient normalement pas se permettre d'y jouer - et je pense que lorsque vous êtes un petit groupe de développeurs, il est préférable d'avoir beaucoup de gens capables de vivre votre jeu".

Il en va de même pour Notch, le créateur de Minecraft, qui incitait les joueurs moins fortunés à se procurer la version pirate du jeu tout en parlant de Minecraft autour d'eux. 

Etude de cas : Game Dev Tycoon

Ou comment les pirates se font pirater. Comme dit précédemment, les éditeurs et développeurs sont conscients que leur jeu sera forcément piraté un jour ou l’autre alors autant en profiter. C’est ce qu’a fait  Patrick Klug, fondateur de Greenheart Games, studio à l’origine de Game Dev Tycoon. Il a mis en ligne une copie pirate de son propre jeu sur un célèbre site de Torrent, quelques minutes après la sortie officielle de Game Dev Tycoon. Pour rappel, dans Game Dev Tycoon, vous incarnez le dirigeant d’un studio de jeux vidéo et vous devez créer des jeux et faire en sorte d’être rentable. Or, dans la version pirate, personne n’achète vos jeux parce qu’ils préfèrent les pirater. 

Image tirée du jeu Game Dev Tycoon lorsque vos jeux se font piratés.

Ironique n’est-ce pas ? Mais attendez, le plus drôle est à venir. Les joueurs sont partis se plaindre sur des forums tels que reddit ou steam. Les développeurs du jeu sont donc venus prendre la parole en leur disant que c’est typiquement ce qu’il se passe pour eux dans la vie réelle. Si vous souhaitez en savoir davantage, je vous invite à lire directement le post créé par Patrick Klug sur “Que se passe-t-il lorsque des pirates jouent à un simulateur de jeux vidéo et font faillite à cause du piratage ?”.

 

Bien entendu, le nombre de jeux dont les copies pirates ont été modifiés sont très nombreux et la liste évoquée ci-dessus n’est qu’un petit échantillon de ce qu’il existe. Cet article n’a pas pour vocation de dire que les joueurs qui piratent sont en tort, la majorité des acteurs de l’industrie vidéoludique ont compris que tous les joueurs n’ont pas forcément les moyens de les soutenir en achetant le jeu. Toutefois, si un jeu vous plaît vraiment, pensez à acheter le jeu officiel en toute légalité. D’autant plus lorsque l’on connaît les conditions dans lesquelles certains jeux sont conçus.

 


Sources :

Cracked.com, 6 hilarious ways game designers are screwing with pirates, par Kyle Nazario, 2011.
Cracked.com, 5 hilarious ways games designers are messing with pirates, par Andrew Heaton, 2013.
Neogaf.com, Clever anti-piracy measures in games, Thread, 2013.
Youtube, Console Error Screens & Anti Piracy, par Liana S, 2015.
PCGamer, Piracy why drms still not worth it, par Nathan Grayson, 2011.
Youtube, 10 Anti-Piracy Measures In Video Games That Were Total Genius, What Culture Gaming, 2017.

Jeux mentionnés : https://pastebin.com/82NuXB0B

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