Jouer en mode difficile : quand cela devient une formalité

Jouer en mode difficile : quand cela devient une formalité

Jouer en mode difficile : quand cela devient une formalité

Pourquoi, en lançant une nouvelle partie de jeux vidéo, certains joueurs et certaines joueuses choisissent automatiquement le mode “difficile” ? Cela sans même tester au préalable de jouer une première fois en “normal”. Et d’ailleurs, ce mode “difficile” est-il à la hauteur des attentes ? Ne vaut-il pas mieux parfois jouer à un jeu à la difficulté réglée par défaut ?

De fil en aiguille, en difficile

Il n’y a pas de surprise, le fait de jouer dans la difficulté élevée résulte généralement de la recherche de challenge. Cela évite de finir le jeu trop rapidement et permet d’être confronté à un minimum de résistance, amenant à une certaine satisfaction une fois un obstacle surmonté. Cependant, lorsque l’on commence à jouer aux jeux vidéo pour la première fois, peu importe l’âge, il est rare de choisir la difficulté maximale dès le départ. On peut ne pas être à l’aise avec les contrôles, on peut ne pas trop connaître les mécaniques et/ou le genre du jeu, etc. C’est avec la pratique que se développe l’expérience, et par conséquent, la facilité à exécuter des actions et tâches au premier abord difficiles. Avec le temps, il en devient plus facile de reconnaître et d’apprendre les patterns adverses, l’amélioration de son personnage est plus intuitive, on sait quels objets sont préférables, voire indispensables. À la manière d’un film ou d’un jeu d’horreur, les diverses situations et mécaniques perdent de leur efficacité initiale face à un vétéran ou une vétérane. Félicitations, vous avez battu le jeu !
Cette recherche de challenge se traduit aussi par celle de nouvelles sensations et émotions. C’en est fini de terminer un niveau, un boss ou un défi sans ressentir cette impression d’accomplissement, mais plutôt celle d’avoir été quelque peu assisté. Désormais, vous avez réussi, et vous pouvez en être fière.

Bien sûr, tout le monde ne cherche pas à toujours augmenter la difficulté au fil du temps, sachant seulement se contenter du plaisir de jeu, sans aller quémander au portillon où est passé le challenge. Mais dans d’autres cas… le bois des portes résonne sous les cognements impitoyables de celles et ceux recherchant la moindre once de difficulté, inépuisablement.

Difficulté complexe sur son lit d'exigence aux saveurs corsées

Un mode difficile, c’est bien. Plusieurs, c’est mieux. Dans ce genre de cas, on retrouve le plus souvent un ou deux modes de difficulté en plus du trio : facile ; normal ; difficile. Très difficile, extrême, survie ou encore apocalypse reviennent souvent dans leurs appellations. En plus d’augmenter la difficulté de manière classique - nous y reviendrons - ils limitent ou amputent quelquefois des éléments de gameplay : disparition du réticule de visée, éléments d’ATH retirés, absence de “vision d’aigle”, rareté des munitions et objets, gestion de la faim et de la soif, une seule vie, etc. Ainsi, le jeu doit se brider afin d’assister le moins possible le joueur ou la joueuse. Il n’est d’ailleurs pas toujours nécessaire d’augmenter la difficulté pour influer sur certains des éléments cités précédemment. Un petit tour dans le menu des options et hop, à vous de régler sur-mesure votre difficulté. Sur ce point, certains candidats ont davantage été pensés pour cela et sont donc plus permissifs que d’autres. Essayez par exemple de jouer à Assassin’s Creed Odyssey ou The Witcher 3 sans boussole et avec le minimum d’indications à l’écran, l’expérience est toute autre. Dans la même idée de difficulté sur-mesure, certains genres comme le roguelike, le hack ’n’ slash ou le beat 'em up donnent la possibilité d’influer sur plusieurs paramètres de gameplay. Nombre d’adversaires, pièges et nouveaux patterns sont autant d'éléments activables ou désactivables nécessaires à la complétion totale du jeu ou à la progression dans l’intrigue. Coucou Hades.
À tout cela peut aussi s’ajouter la présence de modes New game +, où vous devez recommencer le jeu dans une difficulté supérieure tout en conservant l’équipement et les compétences de la première partie terminée. 

Cependant, en général, dans les modes difficiles, les principaux changements se traduisent par des ennemis plus agressifs et plus résistants, qui font plus de dégâts, tandis que notre personnage est plus faible. Il est tantôt moins résistant, tantôt moins puissant. C’est ce qu'évoque l’idée daugmenter la difficulté de manière “classique. Certaines productions ne se limitent qu’à ça, d’où la nécessité parfois d’aller bidouiller les options comme on le peut. Surtout quand ces modifications de statistiques sont mal exécutées. 


Dans Metro Exodus, face à un mutant radioactif, rien de tel qu’une bonne pénurie de munitions !

Mais au fond, quelle différence y a-t-il entre un bon et un mauvais mode difficile ?

Afin d’augmenter la difficulté du jeu, votre personnage se fait tuer en quelques coups seulement (un à trois) et affronte des ennemis aux allures de sac à PV dont certains de leurs coups sont désormais imparables. Bienvenue dans le mode “God of War” de… God of War… Il n’est pas le seul dans ce cas, mais il illustre bien le propos. Au début du jeu vous en bavez, la faute à cette difficulté et au peu d’équipements et compétences de votre personnage. Après quoi, vous êtes libre d’évoluer plus à votre guise. Vous pouvez donc, soit continuer la trame principale, soit aller farmer à droite à gauche et augmenter votre niveau en conséquence. Le jeu devient alors plus simple dans ce cas, parfois même trop face aux adversaires lambdas. Vous continuez certes de périr en quelques coups, mais les combats sont plus simples à appréhender et vous êtes plus puissant. Face aux boss et ennemis plus costauds par contre, ce n’est plus qu’une question d’endurance. Un coup peut vous être fatal tandis qu’une centaine parviennent à faire calancher la bête. Quel plaisir. Adieu la technicité des combats et le plaisir d’avoir esquivé, paré et contré aux bons moments, et bonjour au matraquage de combos les plus dommageables, répétés sans cesse. C’est simple, dans les modes difficiles de God of War, soit c’est trop simple, soit c’est trop “difficile”, guillemets, car la difficulté est ici synonyme d'endurance aberrante et de répétitions hébétées d’actions.


La Reine des Valkyries, indéniablement le plus long et le plus dur combat de God of War. Bon là elle est morte par contre...

Mais il ne faut pas désespérer, certains titres savent au contraire plutôt bien gérer cette difficulté dite classique, comme Star Wars : Fallen Order et surtout Ghost of Tsushima. Dans ces derniers, les ennemis vous tuent en quelques coups également. Toutefois, vous aussi êtes assez puissant pour les faire fléchir avec deux à cinq coups de sabre ou de katana. Pour les boss et adversaires plus puissants, il est tout à fait faisable de les vaincre sans y passer des heures. Ils ont certes plus de vie, mais rien de disproportionné. Le plaisir d’effectuer de jolis combats cohérents reste possible, et c’est ainsi gratifiant de placer la bonne esquive au bon timing qui permet d’asséner le coup fatal. La difficulté est alors sujette à l'exigence, la précaution, la préparation et la prudence, des vertus plus que bénéfiques au développement de soi. 

Tous ces modes de difficulté sont parfois mis de côté afin de ne proposer qu’une seule expérience, au challenge savamment dosé. Cela peut aussi être des jeux faciles bien sûr, et il en faut, c’est bien et apaisant, mais ce n’est pas le sujet. Bref. Des jeux à la difficulté par défaut, il y en a pour tous les goûts. Roguelike, hack ’n slash et beat 'em up évoqué plus haut en sont de bons exemples, rejoints par plusieurs JRPG, action-RPG et dungeon crawler. Dans tous ces genres, la difficulté va évoluer au fil de vos heures de jeu, grâce à l’apprentissage et la connaissance, mais aussi au temps passé à faire évoluer votre personnage. Dans Final Fantasy VII par exemple, le boss de fin peut être extrêmement ardu ou au contraire assez simple à vaincre. Cela si vous récupérez les bonnes matérias et invocations dans certaines zones plus ou moins cachées ou difficiles d’accès, aboutissant à des heures de farming. Même constat pour un Souls, like ou pas… Les boss peuvent être vaincus très rapidement en fonction de vos statistiques et de votre matériel. La difficulté évolue alors en parallèle de vos actions. Enfin, dans d’autres cas, c’est tout simplement très difficile quelles que soient vos heures de jeu, prenez Darkest Dungeon, vous allez en baver durant toute l’aventure. 



L’invocation des Chevaliers de la Table Ronde, l’une des plus puissantes de Final Fantasy VII

Une facilité pérenne, simple impression ou fait avéré ?

Après de nombreuses années de pratique vidéoludique, il est compliqué de dire si le médium est devenu plus facile, ou si c’est l’évolution des compétences personnelles qui conduit à ce raisonnement. De plus, après un tel constat, une impression de voir débarquer ces dernières années de nombreux titres à la difficulté intelligemment travaillée se fait ressentir. Est-ce seulement psychologique ou bien les productions les plus populaires sont-elles effectivement devenues trop simples et trop assistées ? Conduisant donc certains studios de développement à se démarquer de cette mouvance. Après tout, le jeu vidéo a toujours été garni de productions aux difficultés variées, certaines ont seulement su la développer et la manipuler correctement, tandis que d’autres l’ont négligée, se contentant du minimum.

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Ylonith
Ylonith

Voyageur de mondes virtuels, passé par Midgar, Skellige et les terres d’Azeroth. Admirateur de jeux enchanteurs, et explorateur du multivers vidéoludique.