Les jeux de simulation : plus juste que la réalité ?

Les jeux de simulation : plus juste que la réalité ?

Les jeux de simulation : plus juste que la réalité ?

L’idée de ce sujet est venue alors que j’écoutais le débriefing du Grand Prix de Formule 1, qui s’est déroulé sur le circuit de Monza, en Italie. Pour situer rapidement le contexte, avant chaque course se tient une séance de qualification, qui voit les pilotes tenter de boucler le tour de piste le plus rapide afin d’obtenir la meilleure place possible sur la grille de départ de la course. Or, lors de la qualification du GP d’Italie, les voitures se sont retrouvées collées les unes aux autres car les derniers voulaient profiter de l’aspiration des premiers, alors que ceux-ci ne voulaient justement pas les en faire profiter. Pour en revenir au débriefing qui suivit, une question est survenue : faut-il changer le système de qualification et ne laisser, par exemple, qu’une seule voiture sur la piste ? L’idée est séduisante, mais pas équitable, car les conditions de piste peuvent changer entre le passage de la 1ère voiture et celui de la 20e. Réponse immédiate de l’un des participants du débriefing : l’esport.

 

La simulation de plus en plus proche de la réalité

Le réalisme dans un jeu vidéo passe par plusieurs facteurs. Parmi ceux-ci, on retrouve la puissances des moteurs graphique et physique. Le moteur graphique permet d’avoir un rendu détaillé et donc proche de la réalité. Prenons un exemple : pour modéliser un cercle dans un jeu, on crée en fait un polygone avec énormément de petits segments droits, mais suffisamment petits pour donner l’impression que l’objet est bel et bien rond. Or, si votre moteur graphique n’est pas assez puissant ou s’il est bridé pour ne pas faire surchauffer votre PC, vous pourrez distinguer les segments et la magie ne pourra pas opérer. La simplification est peut-être trop drastique, mais l’idée est là.

Exemple de graphismes de plus en plus détaillés

Intéressons-nous maintenant au moteur physique. Celui-ci est responsable du bon comportement des objets qui composent votre environnement de jeu. Un bon exemple de moteur physique réussi est présent dans le trailer de gameplay d’Assassin’s Creed Origins (https://youtu.be/YX0fd4q0baQ?t=53). La lance dans le dos de Bayek est sur le point de passer à traver un linge du décor, quand celui-ci se soulève au passage de l’arme, pour reprendre sa position initiale juste après. De telles interactions sont de plus en plus courantes dans les jeux récents et sont principalement dues (mais pas que) à de meilleurs moteurs physiques.

Revenons-en à notre sujet d’entame : la Formule 1. Dans un tel milieu, l'important est de pouvoir reproduire fidèlement les conditions d’adhérence au sol, de frottements de l’air, d’aérodynamique de la voiture, de dégâts sur les éléments mécaniques, d’usure des pneus et j’en passe. Pour cela, on utilise des équations de la mécanique, que l’on résout numériquement, c’est à dire que l’on approche la solution réelle. Le but est de faire ces calculs le plus rapidement possible, car si la physique de votre voiture ne s’actualise que toutes les 10 secondes, difficile de coller à la réalité qui, elle, « s’actualise » en temps réel. On veut donc des résultats proches de la réalité, mais calculés quasi-instantanément. Il faut donc une modélisation suffisamment fine pour pouvoir rendre compte du comportement réel des choses, mais suffisamment grossière pour pouvoir rapidement fournir les résultats des équations. Or, plus le moteur est puissant, plus les calculs sont rapides, mais il n’est pas non plus nécessaire d’actualiser le comportement de notre objet à des intervalles de temps trop petits. En effet, si un changement de comportement survient entre deux images, vous ne vous en rendrez compte que lors de l’affichage de la deuxième image, donc faire 1000 calculs entre deux images n’apporte rien de plus.

On a donc un intervalle de temps fixe qu’on ne compte pas améliorer. Donc, lorsqu’on augmente la capacité de calcul du moteur physique, on augmente la finesse des calculs. En d’autres termes, avec un très mauvais moteur physique, une voiture aura le comportement d’un pavé, alors qu’avec un bon moteur physique, chaque petit orifice ou appendice pourra contribuer au comportement de la voiture.

 

Pour résumer, plus un moteur physique est performant, plus il permet de faire de calculs sur le même interval de temps, fixé à l’avance, et plus la modélisation sera proche de la réalité.

 

La simulation, une réalité contrôlée

Maintenant que l’on a une voiture de F1 qui se comporte comme elle devrait, pourquoi l’esport serait-il plus « juste » que les Grand Prix ?

Prenons l’exemple de la température de l’asphalte lors d’une séance de qualification (les pilotes roulent afin de faire le meilleur temps en piste). Les températures réelles fluctuent énormément et changent en fonction du temps. Le premier pilote roulera sur une piste normale alors que le dernier à s’élancer trouvera une piste plus chaude, en raison de la friction des pneus des pilotes précédents. Avec toutes ses données, il est possible de reproduire, à peu de choses près, les mêmes conditions et dégradations dans un jeu vidéo. Mais on peut très bien, moyennant une option adaptée, fixer la température de la piste, sans prendre en compte la friction due aux pneus. Ainsi, tous les pilotes roulent dans les mêmes conditions, peu importe l’ordre de passage. Ce qui est aléatoire dans la réalité est créé artificiellement dans une simulation, ce qui permet de supprimer l’influence du hasard sur celle-ci.

 

Ainsi, un caractère plus juste de la compétition esportive permettrait réellement de faire parler les talents de pilote, sans prendre en compte la chance ou la malchance due aux conditions extérieures. Cependant, ce qui rend un pilote doué, c’est aussi sa capacité à rester concentré pendant plus d’une heure dans des conditions parfois très dures, autant psychologiquement que physiquement. Le privilège de pouvoir rouler en F1 s’accompagne d’un entraînement draconien et d’une rigueur à toute épreuve, afin de rester au top de sa forme et de performer au meilleur niveau.

 

L’esport grandit petit à petit en conquérant le cœur de nouveaux fans, en ferez-vous partie ?

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LuckyiD
LuckyiD

Force Wielder. Animus Enthusiast. Movie Fan. Science Lover.