Les jeux vidéo, une menace pour l'environnement ?

Les jeux vidéo, une menace pour l'environnement ?

Les jeux vidéo, une menace pour l'environnement ?

Avec plus de 40% de la population mondiale qui joue aux jeux vidéo, ces derniers font partie de notre culture. Depuis les jeux d’arcades jusqu’à nos ordinateurs et consoles actuels, nos machines ont grandement évolué avec l’avancée de la technologie, aussi bien sur leurs qualités graphiques que sur leurs performances. Mais souvent, l’amélioration de nos ordinateurs et consoles signifie aussi qu’ils polluent plus notre environnement si fragile. Dans cet article, je vais aborder l’impact environnemental des jeux vidéo et vous expliquer comment le réduire.

 

Les jeux en copie physique

Acheter un jeu en copie physique est si excitant. Je me souviens de quand j’étais petit et que mes parents m’achetaient un jeu d’occasion, je passais tout le trajet de retour dans la voiture à lire le manuel, juste parce que j’étais pressé de jouer. Rien n’égale la sensation de mettre un CD ou la disquette dans la console et de voir l’écran titre pour la première fois. Mais toute bonne chose à un coût. Malheureusement, les CDs et disquettes de jeu sont très peu recyclables et leur incinération produit de nombreux composants chimiques dangereux pour notre santé et l’environnement. L’enfouissement n’est pas vraiment une option viable non plus, car leur biodégradation est estimée à  plus d’un million d’années. Certains organismes acceptent de reprendre les CDs pour les recycler, mais seulement une infime partie peut être récupérée et ce processus demande beaucoup d'énergie.

Quant aux boîtes de jeux, elles pourraient être recyclables, mais en réalité, ne le sont pas. Elles sont composées de Polypropylène 5 qui peut être réutilisé pour faire d'autres objets comme des pièces de voiture ou des fibres géotextiles. Mais le problème est que les fournisseurs majeurs de boîtes de jeu, Sony, Microsoft et Nintendo, teintent leurs boîtes en couleurs très spécifiques. La teinte du plastique ne peut pas être enlevée, ce qui rend leur recyclage complexe : la teinte de l’objet créé à partir de polypropylène recyclé doit être de la même teinte que la boîte de jeu d’origine.

 


Les boites colorées sont difficilent recyclabes à cause de leur teinte

 

Pour l’anecdote, en 1982 le jeu E.T. est développé et publié par Atari. Il est très mal reçu par le public et la presse, Atari décide donc de le retirer du marché rapidement. Le surplus invendu de copies, équivalent à une quinzaine de semi-remorques, est alors enfoui dans une décharge dans le plus grand secret. En 2013, une campagne d’excavation fut lancée afin de vérifier si la rumeur de jeux E.T enfouis était réelle. Les boîtes de jeu furent retrouvées pratiquement intactes, certaines cartouches étant encore jouables après 30 ans passés sous terre.

Revenons à notre sujet : le dernier composant des jeux en copie physique est le manuel et bien qu’il ne soit composé que de papier, son impact environnemental ne doit pas être négligé. Pour produire un kilo de papier, plus de 324 litres d’eau sont utilisés. De plus, certaines productions de papier ne proviennent pas de forêts gérées durablement ; une parcelle d’arbres coupés pourra alors mettre des décennies à repousser. Quand on sait que certains jeux se vendent par millions, rien que les manuels d’utilisation peuvent avoir un impact direct sur notre environnement.



Les éditions collectors des jeux sont souvent source de larges émissions de carbone 

 

Mais petit à petit, les distributeurs de jeux commencent à prendre des initiatives. Depuis 2010, la plupart des jeux physiques proposent un manuel numérique disponible en téléchargement. Récemment Football Manager 2020 a remplacé leur boite en polypropylène par une boite en carton 100% recyclable et imprimée avec de l’encre végétale. Mais encore aujourd’hui, si peu de distributeurs se mettent au vert, c’est parce qu’une boîte en carton coûte 30% de plus à produire qu’une boîte en plastique. Un petit prix à payer pour un si grand changement, mais tous ne sont pas encore prêts à passer le pas. Et qu’en est-il des jeux disponibles en téléchargement ?

 

Le téléchargement

Malheureusement, même si le téléchargement est probablement mieux que la copie physique ; il est très demandant en ressources. Une étude de l’Université de Yale en 2015 estima l’empreinte carbone d’un jeu de 8.8 Gigaoctets proposant 232 heures de gameplay à 21,9 kg CO2-eq (cela signifie que 21,9 kg de carbone furent émis dans l’atmosphère, les océans et le sol pour chaque personne jouant au jeu). Environ 10% de ces émissions (2,26 kg CO2-eq) sont émis seulement pour le téléchargement du jeu. En effet, les serveurs dédiés aux téléchargements demandent beaucoup d’énergie pour pouvoir proposer une vitesse de téléchargement élevée. Et si un jeu de 8,8 Go émet 2 kg de CO2 rien que pour le téléchargement, faites le calcul pour des jeux comme GTA, Red Dead Redemption ou Call Of Duty qui peuvent dépasser les 100 Go. Le reste des émissions carbone est lié aux consommations des écrans et consoles, mais cette consommation est commune à tous les supports (physique et numérique). Mais alors, pouvons-nous réduire notre empreinte carbone en arrêtant de télécharger et en passant par des plateformes de streaming ?

 
 

Le streaming

Le streaming de jeux vidéo est apparu très récemment avec des plateformes comme Stadia. Leur réelle consommation et impact environnemental sont très peu connus pour le moment, mais Stadia estime qu’ils sont largement inférieurs au téléchargement. En effet, le téléchargement de jeux demande de nombreux serveurs afin de stocker et envoyer les fichiers à tout moment, alors qu’en théorie, le streaming n’a besoin que d’un seul système qui stocke et diffuse tous les jeux. Certains disent que le streaming est le futur du jeu vidéo, mais seul l’avenir nous le dira.

 

Les consoles et ordinateurs

Depuis le début de l’article, je parle des jeux et de leur support, mais les consoles et ordinateurs sont une source majeure d’émissions. En effet, les machines et écrans demandent beaucoup d’énergie et leur recyclage est insuffisant. De plus, les composants devenant de plus en plus miniaturisés, leur recyclage en devient d’autant plus difficile. Et tout cela est sans compter la pollution créée par le transport de marchandises et l’emballage.

Le streaming est alors une bonne solution à ce problème. Il permet de jouer à des jeux demandant beaucoup de ressources avec un ordinateur peu puissant, et donc de limiter le besoin de racheter du matériel pour pouvoir jouer aux dernières tendances. Et qui dit moins d’achats, dit moins de pollution et moins d’émissions de carbone.

 

Bien évidemment, cet article n’a pas pour but de vous faire arrêter de jouer, mais juste de vous sensibiliser à la protection de l’environnement. Si tous les joueurs deviennent responsables et raisonnables, alors peut-être arriverons-nous à faire changer les habitudes des distributeurs de jeux et donc à réduire l’impact environnemental de l’industrie vidéo ludique. Si vous souhaitez savoir où commencer, évitez de télécharger des jeux pour quelques heures, les désinstaller puis les réinstaller juste quelques semaines plus tard parce que vous avez envie d’y rejouer. Si vous désinstallez un jeu, soyez sûr que vous ne souhaitez plus y jouer, pour le bien de notre planète.

 

Sources:

Paper waste Facts, visité 29/05/2021

Filmmakers Unearth Legendary Atari ‘E.T.’ Trove, Rolling Stone, visité 29/05/2021

Mayers, K., Koomey, J., Hall, R., Bauer, M., France, C., Webb, A., 2015. The Carbon Footprint of Games Distribution. Journal of Industrial Ecology 19, 402–415. https://doi.org/10.1111/jiec.12181

 

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Kiremya
Kiremya

Étudiant en Master en sciences de l'environnement. Amateur de Rogue-like et de TCG. Fan d'horreur. Les ratons laveurs domineront l'Internet.