Et si on utilisait notre odorat pour jouer ?

Et si on utilisait notre odorat pour jouer ?

Et si on utilisait notre odorat pour jouer ?

Lorsqu’un jeu vidéo est conçu, il est pensé pour mobiliser principalement notre ouïe et notre vue. Les graphismes s’améliorent d’année en année, les compositions musicales sont de plus en plus grandioses, et les bruitages sont parfois d’un réalisme percutant. Ainsi, force est de constater que l’expérience olfactive, gustative ou tactile n’est pas -encore- considérée lors d’une phase de jeu. Mais imaginez seulement que, dans plusieurs années, vous vous fassiez la réflexion « Oh, je connais cette odeur. Elle me rappelle un jeu-vidéo. ». Ça paraîtrait assez fou, non ?
Le fait est que cette réalité ne nous est plus si lointaine désormais. En 2007 déjà, une projection du film Charlie et la Chocolaterie (1971) de Mel Stuart était proposée en “Smell-O-Vision”. Ainsi, pendant le visionnage, des odeurs de chocolat, sucettes, chewing gum et autres friandises étaient diffusées dans la salle.

Pourrait-on imaginer la même chose pour le jeu vidéo ? Qu’est-ce que cela pourrait apporter ? Est-ce un nouveau moyen pour favoriser l’immersion ?

L’odorat, sensiblement relié à la mémoire et aux émotions.

Considérer l’odorat comme un sens moindre serait une grossière erreur. Il est, sans aucun doute, le plus intimement lié à notre inconscient et à nos souvenirs. En cela, il ne faut pas sous-estimer l’impact des odeurs. Le fameux cas de la madeleine de Proust est un exemple frappant. Après avoir reconnu le goût et l’odeur d’une madeleine trempée dans du thé, la mémoire de Proust se ravive soudainement. Or, la vue de ce gâteau ne lui avait, jusqu’ici, pas procuré de tel sentiment. On parle ici de « mémoire olfactive ». Nous connaissons tous des odeurs qui réveillent en nous des souvenirs lointains. Certains se trouveront consolés par une goutte de parfum au creux d’un tissu, d’autres apaisés par l’arôme d’un café chaud au petit matin… Et pour cause : une odeur peut être ancrée dans notre mémoire toute notre vie, et ce, sans que nous l’ayons décidé.

Toutefois, il convient de préciser que toute odeur n’est pas considérée comme agréable pour chaque individu. Notre rapport aux senteurs est donc quelque chose de singulièrement personnel. D’autant plus qu’il convient de rester vigilant quant à la présence de potentiels allergènes dans les produits inhalés.
Naturellement, cela peut questionner son insertion dans un média tel que les jeux vidéo. En effet, le but d’un joueur étant avant tout de trouver une forme de plaisir et de distraction, nul doute qu’un concepteur ne prendrait pas le risque d’ajouter un élément qui détruirait complètement son expérience de jeu (à moins, bien sûr, d’imaginer une sorte de mode “mute” qui supprimerait les odeurs).
Certaines personnes ne supporteront pas diverses odeurs fortes, et pourront même être prises de maux de tête très contraignants. Tandis que plusieurs individus raffolent de l’odeur de l’essence (et ce, sans en connaître la raison), d’autres la trouveront irrespirable. De même, un parfum très populaire pourrait être considéré d’une façon bien différente selon les individus. Ainsi, au vu du nombre de personnes qui l'utilisent, certains l'assimileront peut-être à un membre de leur famille, d'autres à un compagnon, un professeur, un ami, un collègue, ou encore à une personne que l'on aurait préféré rayer de sa vie.

Le fait est qu’aujourd’hui, la manipulation par les odeurs est quelque chose de reconnu. Qui n'a jamais ressenti une sensation de faim après avoir reçu les effluves de viennoiseries d’une boulangerie ? De même, plus une boutique sent bon, plus les visiteurs auront tendance à y rester, à s’y sentir rassurés, à l’assimiler à un souvenir positif, et donc à y revenir pour consommer. C’est en tout cas la théorie d’Emosens, une entreprise étant à la tête de la gestion des parfums d’ambiance de beaucoup d’enseignes françaises et internationales. On parle ici de “marketing olfactif”.

Des jeux vidéo qui mobilisent notre nez, ça existe ?

L’odorama a déjà été utilisé quelques fois pour offrir au joueur une expérience olfactive. Ce dispositif se présente bien souvent sous la forme d’une fiche cartonnée avec des numéros. Lorsque l’un de ces numéros apparaît à l’écran, l’usager est invité à gratter la case correspondante pour en dégager son odeur. Cela permet notamment de prendre connaissance des senteurs d’un lieu traversé par le personnage.

En 2017, à l’occasion de la sortie du jeu South Park, l’Annale du destin, Ubisoft a créé un casque olfactif très particulier. En effet, dans une vidéo de promotion (que vous pourrez visionner juste en dessous), les concepteurs détaillent comment ils sont parvenus à concevoir un casque diffusant des odeurs de pets. Par ce ton sérieux, passionné et décalé cette campagne a remporté un vif succès auprès des fans. Seulement, bien que ce casque existe bel et bien, ce dernier n’est pas commercialisé.

Toutefois, pour ceux souhaitant s’essayer à un véritable casque olfactif, diffusant autre chose que des effluves de flatulences, il s’avère qu’un produit similaire est déjà au coeur d’une campagne Kickstarter depuis le 9 avril 2019. Il s’agit du FeelReal VR, un casque VR multisensoriel qui, en plus d’avoir les même propriétés qu’un casque VR classique, permet à l’utilisateur de sentir des odeurs, mais aussi une sensation de fraîcheur, de chaleur, d’humidité, et également des vibrations. Pour l’heure, le prix de ce casque plafonne à 299$ et devrait sortir officiellement en août 2019. À suivre donc...

 

Qu’apporterait l’odorat dans l’expérience de jeu ?

Vous n’êtes pas sans savoir que l'immersion dans un jeu vidéo est un sujet qui revient très souvent. Pour plusieurs individus, il apparaît même comme un critère de sélection. Certaines personnes veulent se sentir réellement impliquées dans une expérience vidéoludique. Elles souhaitent se fondre dans l'histoire et échapper un peu à leur réalité le temps d'une partie. On peut alors penser que mobiliser l’odorat du joueur serait une nouvelle manière de favoriser cette immersion, de nourrir le récit et de renforcer l’identité et l’atmosphère d’un jeu. Intégrer des odeurs pourrait même permettre de détecter des éléments off-screen : un ennemi en approche, un animal sauvage, ou même une tarte qui refroidit sur le bord d’une fenêtre, qui sait !
De même, si l’on s’attache aux principes de l’olfactothérapie (soit le soin par les odeurs), nous pourrions tout à fait imaginer consolider l’aspect apaisant et contemplatif d’un jeu en proposant au joueur d’humer quelques odeurs censées adoucir et calmer les moeurs (telle que la rose, la menthe, le miel…).

De plus, associer un jeu à un plaisir olfactif, c'est aussi un moyen de renforcer notre attachement à ce dernier. Si un jeu correspondait à une odeur singulière, cela pourrait développer notre lien intime et émotionnel à ce dernier. À l'image d'un parfum qui caractériserait une personne, on y trouverait une forme de reconnaissance, mais aussi, peut-être, de réconfort. Car notre rapport émotionnel aux senteurs, bien qu’il soit inconscient et impalpable, demeure malgré tout une réalité.

Seulement, voudrait-on véritablement sentir l’odeur de tous les jeux ? Car il est certain que beaucoup ne seraient pas du tout agréable d’un point de vue olfactif, ne serait-ce que les FPS, les survival, ou les jeux d’horreur… En somme, il n’est pas certain que beaucoup d’utilisateurs seraient curieux de recevoir des effluves venant du jeu Doom ou Resident Evil.
En terme d’expérience agréable, nous pourrions évidemment penser aux jeux donnant à voir des scènes de cuisine. Qu’il s’agisse de son propos principal (Overcooked) ou d’un élément secondaire à l’intrigue (Monster Hunter), j’imagine que certains d’entre nous seraient curieux de connaître l’odeur des plats créés et/ou dégustés par des personnages de jeux vidéo.

Le réalisme à tout prix ?

Certains se demandent sûrement si, finalement, intégrer l’odorat aux jeux vidéo ne serait pas excessif. Après tout, c’est une véritable interrogation. Doit-on pousser à ce point les limites du réalisme ?

Après les Gants VR (HaptX Gloves par exemple) et les quelques expériences sur la simulation du goût (une “sucette numérique” agissant grâce à des électrodes a été créée à l’Université de Singapour par Nimesha Ranasinghe), pourrait-on imaginer des jeux vidéo mobilisant réellement tous nos sens ? Seul l’avenir nous le dira.

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