Féminisme et jeux vidéo

Féminisme et jeux vidéo

Féminisme et jeux vidéo

Jouer aux jeux vidéo est l’un de mes passe-temps favoris, au point où c’est devenu une part de ma personnalité. J’ai, à maintes reprises, évoqué mon rapport aux jeux vidéo dans mes différents articles, mais également la nécessité que j’ai eue de prendre du recul par rapport à cela. C’est notamment à cause de cela que j’ai, parfois, du mal à me qualifier comme étant une joueuse.

Pourtant, j’ai eu l’occasion de jouer à de nombreux jeux, tous plus variés les uns que les autres. Ces jeux n’ont pas les mêmes façons de représenter les femmes et les minorités. Bien que l’on puisse constater une évolution positive des représentations féminines, ce n’est pas encore une généralité.

Quel lien avec le féminisme ?

Le féminisme est un terme qui fait peur, certains le craignent, d’autres le redoutent. Pourtant, pour moi il est une évidence : il y a des inégalités et des iniquités à pallier et tant qu'elles ne seront pas résolues, nous devons prendre des initiatives en ce sens. Personne ne le fera pour nous. C’est notamment ce que j’ai pu évoquer durant la table ronde “Peut-on être gameuse et féministe ?” organisée par Ada Tech School. Le féminisme n’est pas un mouvement visant à exclure les hommes, mais plutôt à promouvoir l'égalité et l’équité pour tous.

Pour moi, le féminisme signifie l'inclusivité, et si on le transpose aux jeux vidéo cela ne s’applique pas qu’au genre des personnages. Je cherche à découvrir des cultures, de la diversité au niveau de l’âge des personnages, de leur couleur de peau, de leur orientation sexuelle, s’ils ont un handicap ou non, visible ou pas, de leur religion également. Bref, de la diversité et de l’inclusion, parce que ce n’est que comme cela que l’on pourra faire changer certaines mentalités encore prédominantes.

Les jeux vidéo sont connus pour être un « boy’s club », créé par des hommes à destination des hommes. Cela se ressent notamment dans les jeux eux-mêmes avec des personnages féminins hypersexualisés et sous-développés. Sans parler du faible nombre de personnages féminins au départ. Il faut savoir que les femmes achètent presque autant de jeux vidéo que les hommes. Toutefois, ces derniers sont prédominants dans la communauté gaming et dans l’industrie vidéoludique, ce qui a notamment été mis en évidence lors du Gamergate.

Un “Boy’s club” qui pose problème

Peu de femmes sont impliquées dans la conception des jeux vidéo, cela peut s’expliquer notamment par la recrudescence des cas de harcèlement, sexisme, d’agressions sexuelles… dans les écoles de jeux vidéo, mais également dans les entreprises de jeux vidéo (Ubisoft et Riot Games pour ne citer qu’eux). Ce climat plus qu’anxiogène repousse les femmes qui pourraient apporter la diversité manquante dans les différents jeux.

Pour comprendre cela, revenons au Gamergate. Les femmes sont exclues du paysage vidéoludique et sont également harcelées si elles osent montrer un soutien pour des mouvements vers l’inclusion. Les jeux ont d’abord été pensés “pour des hommes blancs qui aiment les armes et les seins“. Fondamentalement, le joueur « stéréotypé » se sent menacé par l’évolution du paysage du monde du gaming. Un peu comme si ses jeux masculins et virils favoris allaient droit dans le mur. Il faut comprendre que le jeu vidéo n’est plus réservé à cette définition du joueur stéréotypé à qui on vendait des jeux il y a plus de 25 ans.

Et pourtant, un joueur sur deux est en réalité une joueuse. L’industrie du jeu vidéo continue, malgré tout, d’ignorer une moitié de son public. Même si l’on constate une nette amélioration comme j’ai pu le dire plus tôt, le public cible de l’industrie reste le même : le fameux joueur stéréotypé. 

Pourquoi les femmes sont-elles autant détestées ?

Si l’on regarde un peu le pattern des jeux vidéo, on se rend compte d’une chose. Tous sont plus ou moins basés sur le même modèle : un homme blanc viril, des armes à feu, des explosions et une demoiselle en détresse.

Le joueur stéréotypé ne veut pas que son jeu change et que des filles se mettent à y jouer. On peut parler ici de gatekeeping qui est l'acte de tenter de contrôler, et habituellement de limiter, l'accès général à quelque chose, en l’occurrence ici du jeu vidéo. Dans ce cas-là, c’est le fait de décourager les gens de s’identifier comme des joueurs / joueuses ou d'insinuer qu'ils ou elles n'en ont pas fait assez pour être définis comme tels. C’est estimer que son jeu va perdre de la valeur si des femmes commencent à s’y intéresser.

Combien d’enfants ont critiqué des jeux, des vêtements, des dessins animés partant sur le simple principe que ces derniers ont été conçus pour des filles et utilisés / visionnés par des filles ? C’est le même principe qui s’applique ici. Cela peut en partie s’expliquer par le gender marketing qui a très vite séparé les jeux pour filles des jeux pour garçons. 

Comment y remédier ?

Si j’ai pu évoquer l’évolution assez positive quant à la représentation féminine, ce n’est malheureusement pas le cas de l’industrie vidéoludique qui ne comprend que 15% de femmes dans ses rangs. Si l’on veut pouvoir remédier à l’ensemble de ces problèmes, il faudrait rendre l’industrie plus saine pour tous et éviter que les espaces de travail ne se transforment en “Boy’s club”. D’autant plus que les jeux vidéo représentent le regard de celles et ceux qui les conçoivent.

De même que ce que j’expliquais dans mon article sur “la représentation de la bisexualité dans le jeu vidéo”, si l’on veut une meilleure représentation des personnages, il faut recruter des personnes qui pourront apporter cette diversité et ce regard extérieur.

Amener plus de diversité au sein de la représentation des personnages pourra également faire évoluer et améliorer les mentalités prédominantes. Ce n’est absolument pas pour plaire à une minorité bruyante sur les réseaux sociaux, contrairement à ce qui peut être dit dans le livre Héroïnes de jeux vidéo, Princesse sans détresse.

Qu’est-ce qu’un jeu féministe ?

On peut alors se demander ce qu’est un jeu féministe. Pour moi, un jeu vidéo doit réunir plusieurs critères pour être considéré comme étant féministe. 

  • A-t-il été conçu par une équipe regroupant des personnes de diverses ethnies, religions, orientations sexuelles, opinions politiques, et de divers genres, âges, handicaps... ? 

Si la réponse est oui, il est fort probable que le jeu soit bien plus représentatif de l’ensemble des joueurs et joueuses tout en évitant de rentrer dans les clichés bien connus.

  • Le jeu est-il représentatif de la diversité ?

Comme j’ai pu le dire auparavant, le féminisme signifie l'inclusivité et cela ne s’arrête pas au genre des personnages.

  • Est-ce qu’il y a des personnages féminins dans le jeu ?

Si la réponse est oui, il faut voir si ces personnages sont maîtres de leur destin, ou si on peut les jouer également. Il faut également voir s’ils ne sont pas là pour servir de faire valoir pour un personnage masculin ou encore : est-ce que les personnages féminins ont une histoire de fond ?

Des exemples de jeux féministes

Sensibiliser à la charge mentale

Il existe des jeux militants dont l’intérêt principal n’est pas le dénouement ou la réussite, mais la narration et la démonstration politique : ici, la charge mentale des femmes. 
Le joueur se retrouve dans une situation impossible à réaliser (exemple : accomplir un nombre de tâches ménagères colossales en un temps limité). Ces jeux montrent un peu la fatalité, c’est-à-dire que si l’on ne change pas le système, il n’y aura pas d’issue pour permettre au joueur de gagner.

Ci-dessous, quelques exemples de ces jeux qui mettent en avant le travail invisible d’une grande majorité des femmes.

  • Behind every great one

Dans Behind every great one conçu par DeconstrucTeam, vous incarnez Victorine, une femme au foyer mariée à Gabriel, un artiste peintre. L’objectif du jeu est assez simple, mais il n’est pas facile de gagner. Vous avez un temps imparti pour réaliser un maximum de tâches ménagères. Mais pas question de vous détendre et de lire un peu puisque sinon, Gabriel vous rappellera qu’il est le seul à faire vivre le foyer et que, étant femme au foyer, vous n’avez que ça à faire. 

  • A comfortable burden

Dans A Comfortable Burden conçu par Otterways, vous incarnez un couple de loutres. L’objectif du jeu est similaire à celui de Behind every great one, une liste de tâches ménagères à effectuer dans un temps limité. Contrairement à ce dernier, dans A Comfortable Burden, les deux loutres travaillent pour ranger la maison, toutefois la répartition des tâches n’est pas équitable. L’une des loutres a une liste soigneusement préparée par l’autre loutre et 5/6 tâches simples à réaliser dans la cuisine. Tandis que l'autre, par contre, doit découvrir par elle-même ce qu’il y a à faire et s’occupe de tout le reste.

Se réapproprier l’espace public

  • Dykie Street

Dans Dykie Street conçu par D.I.Y.ke, un collectif féministe et queer, vous incarnez Dikie une jeune femme se rendant à un festival féministe. Mais sur le chemin des tags violents sont présents sur les murs ou encore des affiches sexistes. À vous de reprendre le contrôle en modifiant les tags ou en ajoutant des stickers ou des affiches par-dessus tout cela pour dénoncer le sexisme omniprésent dans l’espace public.
 

De nombreux jeux engagés et féministes existent, ce sont principalement des jeux indépendants développés par des petites équipes. Les sujets de ces jeux sont divers et variés mais tous ont pour mission de faire changer notre vision de la société actuelle.

Aujourd’hui et plus que jamais, le jeu vidéo a besoin du féminisme pour prospérer et amener plus de diversité. Cela permet aussi d’éduquer et de sensibiliser un public moins averti sur ce type de problématique. Mais cela permettra également d'amener une diversité au niveau des joueurs et joueuses dans un premier temps, puis sur la scène esportive dans un second temps.


Sources :

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