La vision de l'argent dans certains jeux vidéo

La vision de l'argent dans certains jeux vidéo

La vision de l'argent dans certains jeux vidéo

Et si on parlait un peu d’argent ?! De la même manière que dans le monde réel, l’argent a une place incontournable dans la majorité des jeux vidéo. Que ce soit dans un système commercial ou en récompense, il peut aussi avoir parfois un rôle inattendu. Quelle que soit sa forme, sa présence est rarement anecdotique et cela nous rappelle notre réalité matérialiste.

Mario et ses petites pièces d’or flottantes

Je vous entends déjà me dire que notre cher plombier moustachu n’est pas le meilleur exemple pour parler d’argent dans un jeu vidéo… en êtes-vous bien sûr ? Parce que, au cas où vous auriez oublié : vous passez votre temps à collecter des piécettes jaunes !

Je reste donc sur ma position pour parler de Mario. Officiellement, le vrai but du jeu est de sauver notre chère princesse Peach, kidnappée par le méchant Bowser, on est d’accord. C’est comme cela qu’est pensé le scénario. En revanche, côté gameplay, il faut bien collecter les pièces d’or éparpillées dans le monde. Dans le jeu Donkey Kong Country, ce sont des bananes qu’il faut ramasser. Et on trouve ça tout de suite plus logique étant donné notre héros ! Notre cher Mario aurait donc très bien pu récolter des clefs à molette, des tuyaux, des écrous, ou quoi que ce soit d’autre en rapport avec son métier par exemple. Donc, pourquoi des pièces d’or ? Est-ce que notre cher plombier moustachu ne reproduirait pas le simple schéma sociétal disant que l’argent reste un but en soi ? Que cela prime sur absolument tout, y compris l’acte chevaleresque que le scénario souhaite nous faire accomplir ?

Super Mario Bros

Des P.O. ou la vie ?

Vous avez le droit de me dire que je cherche trop loin. En plus, dans le jeu, l’argent est plutôt présenté sous une forme sympa : des petites pièces d’or qui flottent dans l’air, parfois cachées pour le plaisir d’être découvertes. Les pièces ne sont pas vraiment difficiles à trouver, c’est une invitation à la collecte, pour en engranger toujours plus. Sans compter que Mario est le seul personnage de toute cette clique à s’intéresser aux pièces. Aucun autre personnage n’en ramasse. Ce pactole est donc destiné au personnage principal, représentant le « Bien » qui plus est. Et quand Luigi s’ajoute à l’équation, lors du multijoueur, chaque frère collecte de son côté pour son propre compte : aucun partage ni échange n’est possible, pas plus de mise en commun. On est vraiment dans une course au chacun pour soi. Il n’y a même pas les entraves de la concurrence étant donné que chaque joueur ou joueuse doit faire le jeu en intégralité de son côté (contrairement à Super Mario Bros 3, où quand un joueur finissait un niveau, l’autre n’y avait plus accès).

Tout cela pour se rendre compte que, dans Super Mario Bros, l’argent n’a aucune fonction monétaire : il n’y a absolument rien à acheter dans le jeu ! D’où mon interrogation : pourquoi ne pas avoir choisi un autre objet à collecter ? On peut très bien glisser dans la symbolique sous-jacente où Mario devient le modèle de la thésaurisation pour la thésaurisation. Enfin presque, car bien sûr, l’argent sert tout de même à quelque chose : Mario peut échanger 100 pièces contre une vie. Et là, tout devient plus clair : l’argent permet de gagner sa vie ! Et encore une fois, sans commerce. C’est juste qu’on n’a pas vraiment le choix de l’échange finalement. Cela se fait automatiquement.

La vision que l’on peut avoir de notre cher plombier change légèrement. On n’avait pas pensé que Mario mettait en avant la course effrénée au capital en tant que facteur de vie.

Super Mario Bros 2 : de l’autre côté du miroir

Avant de parler de cet opus, il est nécessaire d’apporter une précision. Super Mario Bros 2 n’est pas tout à fait un Super Mario. En tout cas dans sa version occidentale. Ce titre est en effet la refonte d’un jeu : Yume Kōjō : Doki Doki Panic. Et chez nous, le « vrai » Super Mario Bros 2 est plutôt connu sous le nom The Lost Levels. Si je précise tout ça, c’est bien évidemment que cela a son importance, car cela permet d’expliquer la non-continuité entre les deux opus de Mario. Et la différence principale est le traitement de l’argent, qui est bien loin du capitalisme heureux du premier Mario.

Super Mario Bros 2

Dans Super Mario 2, on retrouve toujours des pièces d’or. Mais leur nombre a totalement fondu ! C’est devenu extrêmement limité. Les pièces ne flottent même plus en l’air, il faut bien les chercher ! Et même s’arracher les cheveux pour les trouver : par exemple, faire l’acquisition d’une potion magique, pour faire apparaître une porte, qui nous expédie dans un semblant de mode parallèle dans lequel, hourra ! On trouve enfin nos chères petites pièces d’or. L’argent n’a plus rien de naturel… Pire encore : ce monde parallèle est très sombre et sans aucune vie. Seul notre personnage apparaît en couleur et il est la seule force de travail. Car oui, dans ce Mario 2, il faut gagner son argent ! Il faut récolter des plantes qui se transforment en pièce d’or lorsqu’on les arrache du sol. Et tout cela bien sûr, dans un temps limité, histoire que le stress monte doucement. Est-ce qu’on ne serait pas dans une charmante métaphore du travail agricole ou juste du monde du travail en général ?

Le hasard de la vie

Mario 2 a tout de même un point commun avec le premier opus : l’argent n’a toujours aucune fonction commerciale, mais il sert encore une fois à gagner une vie supplémentaire. Le mécanisme est quand même différent, car l’échange de pièces en vie ne se fait plus automatiquement : le hasard fait son entrée. Il faut à présent passer par une machine à sous pour, si vous avez de la chance, gagner une nouvelle vie…

Déjà, collecter les piécettes est devenu plus compliqué, cela se passe en plus dans un univers tout ce qu’il y a de sinistre et de peu naturel, pour finalement ne même pas être sûr de pouvoir collecter une nouvelle vie. Dur…

Le seul point positif est que contrairement au premier Mario, ici on peut mettre l’argent en commun avec tous les personnages. C’est déjà pas mal me direz-vous !

Le constat est sans appel : SMB 2 n’est pas vraiment un Mario et les choix qui ont été faits en termes de game design par rapport à la représentation de l’argent en sont le meilleur exemple. Mario 3, lui, reviendra aux origines du jeu : les petites pièces se remettent à flotter dans le ciel. On en trouve à nouveau à profusion (trop même), de nombreuses cachettes sont à piller et il y a la possibilité de transformer des briques en pièces. La folie !

Collecter de l’argent est redevenu le point central du jeu. On peut même croiser des machines à sous qui cette fois-ci donnent des vies gratuitement ! Sur le même principe, les maisons champignons proposent de nombreux objets, contre plus rien en échange. On ne sait plus où donner de la tête entre toutes ces pièces à collecter ou les objets à stocker et tout est gratuit ! Une belle démonstration de capitalisme heureux finalement !

Je ne compte pas m’arrêter là dans la vision de l’argent dans certains jeux vidéo. J’ai d’autres exemples à vous proposer dans un prochain article. Et concernant Mario, quoi qu’on en dise, il restera à jamais le plombier préféré de l’espace vidéoludique !

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Shyrka
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