Le marché gris du jeu vidéo

Le marché gris du jeu vidéo

Le marché gris du jeu vidéo

Acheter ses jeux vidéos favoris avec 20% de réduction est souvent très alléchant, surtout à leur sortie . C’est ce que proposent certains sites que nous connaissons bien, comme G2A, Kinguin, AllKeyshop entre autres, sans oublier Instant Gaming. Aujourd’hui nous nous penchons sur ce phénomène qu’est le “marché gris”, qui fait concurrence aujourd’hui aux plateformes de ventes comme Steam, Origin et Gog, pour ne nommer qu’elles.

 

Mais qu’est-ce-que le “Marché gris” ?

 

Le marché gris est une part du marché qui n’est pas contrôlée par l’editeur. Généralement on trouve ce phénomène sur des marchés de produits de luxe avec des ventes restrictives ou avec des politiques de prix variant selon la situation géographique. Dans le cas du jeu-vidéo, ce marché gris est souvent caractérisé par l’achat de produits dans des endroits où ils sont moins chers afin de pouvoir “contourner” le prix proposé par le fabricant. Par exemple, un jeu vendu 59 euros en France peut être vendu 35 à l’étranger. Certains sites commerçants iront acheter les produits à 35 euros ailleurs et les revendre à 45 en France. Cette pratique ,considérée comme “légale”, permet de dégager une certaine marge en jouant sur les différences de conversion de monnaie et sur le niveau de vie moyen d’un pays donné. Dans le cas du jeu-vidéo ces pratiques sont aussi utilisées, cependant d’autres pratiques, qui sont pour le coup illégales, sont aussi utilisées ce qui rend l’existence de ces sites exploitant ce marché gris plus sujette à débat.

 

“Optimisations” pour être les moins chers possible

 

Le marché gris est donc partiellement légal, cependant les sites comme G2A ou Kinguin, pour ne nommer qu’eux, sont souvent la cible de colère de la part des développeurs et d’autres sites concurrents. Cela s’explique par les moyens employés qui flirtent avec l’illégalité. Tout d’abord, on peut citer le fait que ces entreprises sont souvent basées dans des pays où la fiscalité est beaucoup plus souple, comme Hong Kong. Là bas, les bénéfices sont taxés à 16%, voire même à zéro si vous faites de l’offshore, ce qui est souvent le cas de ce genre de site. De plus, le coût du travail est beaucoup plus bas, car il n’y a pas de charges sociales à payer ce qui signifie que ces sites peuvent proposer des prix encore plus bas que leurs concurrents ayant des charges à payer. Ces sites marchants s’approvisionnent chez des grossistes en Pologne pour parfois obtenir des rabais et profiter des fluctuations monétaires et un taux de change avantageux. En plus de ces pratiques qui rappellent les paradis fiscaux, ces sites marchands peuvent se targuer de ne pas imposer la TVA ou toutes autres taxes équivalentes, ce qui donne des prix terriblement attractifs, mais qui transforment les clients de ces sites en fraudeurs. Et ce, malgré le fait qu’en 2015, une loi européenne force les sites à mettre les moyens en place pour percevoir la TVA et la reverser aux pays de l’UE. Ces sites ont juste mis en place un système où effectivement le site peut dire qu’on paie en France, donc appliquer les 20% de TVA, mais généralement l’option par défaut est “hors de l’union européenne” donc 0% d’impots ou même ils ne le proposent juste pas utilisant comme argument que si il y’a un contrôle, le fisc n’ira pas vous demander des comptes pour un achat à 25€.

“Ici la vente d’un jeu sur G2A. A AUCUN moment, la notion de TVA n’est apparue. Il y a juste ce mystérieux “frais de dossier” où on explique que ces frais sont engagés pour s’assurer que la vente se passe bien.”

 

Avec toutes ces “optimisations”, on peut déjà pas mal grincer des dents quant à la relative légalité des méthodes utilisées afin de toujours proposer aux clients des jeux à des prix défiant toute concurrence. Les entreprises de jeu vidéo, comme Ubisoft ou Steam voient ces sites d’un mauvais oeil car elles font de la concurrence déloyale avec leurs procédés..

Composer avec le diable?

 

Généralement, les ventes faites sur les sites ne rapportent peu ou pas d’argent aux éditeurs, parfois même ils font perdre des sommes colossales. On se rappelle du cas de Tiny Build qui avait perdu quasiment 500.000 dollars à cause de G2A. Le studio avait vendu des milliers de clés lors de soldes, mais les fonds provenaient de cartes volées et ils se sont retrouvés avec un nombre effarants de paiement refusés. Quelques jours après, les clés vendues se sont retrouvées sur le marketplace de G2A au prix fort. Ce genre de cas arrive très souvent et pas qu’avec des studios, certains vendeurs, peu scrupuleux, achètent des clés lors de soldes ou sur des bundles, afin de les revendre à un prix supérieur à celui d’achat. Bien évidemment cela ne plaît pas aux éditeurs qui essaient de trouver des solutions pour fermer ce marché gris sans foi ni loi.  On se rappelle d’Ubisoft qui avait désactivé en 2015 les clés achetées sur G2A et Kinguin, cependant cette décision avait causé un tollé parmi les joueurs, qui s’étaient retrouvés avec un ou plusieurs jeux en moins dans leur bibliothèque. Pour calmer la gronde Ubisoft a réactivé les clés volées. G2A, dans une possible tentative de se racheter une vertue, a proposé aux éditeurs une alternative G2A Direct où les créateurs peuvent vendre leurs jeux directement sur G2A aux prix qu’ils souhaitent. Cependant, cela n’a pas changé grand chose et les ventes enregistrées via ce système sont très faibles et ça n’a pas permis de supprimer les clés obtenues de manière frauduleuse et vendues au tiers du prix annoncé par les studios. Au final cette initiative relève plus d’un coup d’épée dans l’eau.

 

Organiser la résistance autrement?

 

Les développeurs qui n’auront pas rejoint G2A et comparses essaient de trouver des solutions pérennes pour détruire ce marché gris qui représente à peu près 11 millions de potentiels clients par an rien que pour G2A. Ubisoft par exemple s’est associé à Genba pour créer un système d’activation de clés silencieuses. Pour faire simple, pour obtenir des jeux Ubisoft, on ne peut plus passer que par la boutique d’Ubisoft, il n’existe plus de relais. Dans le cas de Steam, on peut surtout citer le fait que les achats de jeux sont verrouillées par région, mais malheureusement, on peut contourner assez facilement ces restrictions pour peu qu’on sache se servir d’un VPN. D’autres moyens de limiter le marché gris sont aussi en phase de réflexion, comme le fait de limiter le nombre de clés disponibles, ce qui devrait logiquement éviter que trop de clés se retrouvent sur le marché gris. Une autre façon de combattre le marché gris est d’acheter des clés sur des sites qui ne sont pas adeptes de ces pratiques. On peut citer, GamesPlanet.com ou DLGamer qui, basés en France, paient leurs impots et les taxes.

 

Le marché gris semble être un élément qui prend beaucoup d’importance dans le milieu. Beaucoup de joueurs passent par ce marché parallèle, dans le but d’économiser quelques précieux euros, mais cela au dépend des éditeurs. Et vous, pensez-vous continuer à utiliser ce genre de plateforme?

 

 


 

Sources : 

https://www.petite-entreprise.net/P-2657-136-G1-definition-de-l-entreprise-offshore.html

https://www.economie.gouv.fr/entreprises/tout-savoir-sur-tva#Taux

https://www.tinybuild.com/single-post/2017/04/28/G2A-sold-450k-worth-of-our-game-keys

https://www.polygon.com/2015/2/9/8006693/the-truth-behind-those-mysteriously-cheap-gray-market-game-codes

https://www.polygon.com/2017/3/21/14987002/g2a-direct-developer-publisher-partner-interviews

http://snjv.org/wp-content/uploads/2018/05/livreblanc.pdf

https://genbadigital.com/press-release-ubisoft-genba-ska/

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